Quand on parle d’IA et d’emploi, on imagine souvent des salariés remplacés du jour au lendemain. Les premières données racontent une histoire un peu différente, et elle concerne directement nos enfants : ce sont d’abord les débutants qui sentent le changement. Pas forcément parce qu’on les licencie, mais parce qu’on les embauche moins dans certains métiers.
Voici ce que l’on sait, ce que l’on ne sait pas encore, et surtout ce que vous pouvez faire.
Ce que montrent les données
Le cadre général d’abord. L’Organisation internationale du travail (OIT) estime qu’un travailleur sur quatre dans le monde exerce un métier dont une partie des tâches est exposée à l’IA générative. Sa conclusion : la plupart des emplois devraient être transformés plutôt que rendus inutiles, parce que l’intervention humaine reste nécessaire.
Transformé ne veut pas dire indolore, surtout à l’entrée du marché du travail. Des chercheurs de l’université Stanford suivent l’emploi aux États-Unis à partir de données de paie. Dans la version de leur étude révisée en août 2026, ils observent que, dans les métiers exposés à l’IA, l’emploi des 22-25 ans se situe 19 % en dessous du niveau qu’il aurait atteint s’il avait suivi celui des jeunes des métiers moins exposés. Ils ne constatent pas d’écart comparable chez les salariés expérimentés.
Deux précisions comptent. Cet écart se creuse régulièrement depuis que les chercheurs l’ont mis en évidence, en août 2025. Et il passe surtout par moins d’embauches de jeunes, plutôt que par des départs.
Pourquoi les débutants ? Une explication possible : les tâches qu’on confie souvent aux juniors, comme chercher, synthétiser ou produire un premier jet, sont justement celles que l’IA fait le mieux. L’expérience, le jugement et la connaissance du terrain, eux, restent difficiles à remplacer.
La nuance qui change tout
La même étude apporte une nuance essentielle. La baisse se concentre dans les métiers où l’IA remplace surtout des tâches humaines. Là où elle complète le travail des personnes, l’emploi est stable ou en hausse, en particulier pour les salariés expérimentés.
La question utile n’est donc pas seulement « ce métier est-il touché par l’IA ? », mais « dans ce métier, l’IA remplace-t-elle les gens, ou les rend-elle plus efficaces ? ».
Ce que l’on ne sait pas encore
- Si ces tendances se retrouveront en France, et à quel rythme. Le marché du travail, les formations et les entreprises y fonctionnent différemment.
- S’il s’agit d’un effet durable. Les auteurs eux-mêmes présentent leurs résultats comme des signaux précoces et descriptifs, pas comme une mesure certaine de l’effet de l’IA.
- Si les jeunes formés à l’IA pendant leurs études s’en sortiront mieux. C’est plausible, mais pas encore démontré.
- Les chiffres exacts. Les estimations varient beaucoup selon les méthodes. Méfiez-vous des titres qui annoncent un chiffre unique et définitif.
Comment aider votre enfant à préparer son premier emploi
Voici notre lecture, en tant que coachs.
- Regarder la nature des tâches dans les métiers qui l’attirent : celles que l’IA peut faire, celles qu’elle aide à faire, celles qui restent humaines. Notre page Métiers et IA explique comment les lire.
- Valoriser l’expérience réelle dès les études : stages, alternance, jobs, projets associatifs. Si les employeurs embauchent moins de débutants « à former », celles et ceux qui arrivent avec une première expérience partent avec un avantage.
- Apprendre à travailler avec l’IA, pas à côté. Un jeune qui sait utiliser ces outils avec esprit critique devient plus vite utile à une équipe.
- Cultiver ce qui ne s’automatise pas : la relation, le jugement, le sens du concret, la capacité à apprendre vite. Nous les détaillons dans cet article sur les compétences que l’IA ne remplace pas.
- Garder des portes ouvertes : des formations qui mènent à plusieurs métiers, et un plan B auquel votre enfant croit vraiment.
En résumé
Il n’y a pas lieu de paniquer, mais il y a lieu de se préparer. Les jeunes qui arrivent avec des expériences concrètes, une vraie maîtrise des outils et des compétences relationnelles solides ont toutes les raisons d’intéresser les employeurs.
Nous abordons ces questions lors de notre atelier parents en visio, « L’IA et l’avenir de mon enfant ».
Sources
- Organisation internationale du travail (OIT), « Generative AI and jobs: A 2025 update », 2025-05-20.
- Stanford Digital Economy Lab (E. Brynjolfsson, B. Chandar, R. Chen), « Canaries in the Coal Mine? Six Facts about the Recent Employment Effects of Artificial Intelligence (version révisée) », 2026-08-12.
Article écrit par Fabien, coach en orientation.